Tchaïkovsky, Liszt & Co. sur les rives du Lac Léman

RÉSUMÉ

La répercussion des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau en Europe a occasionné au philosophe la visite de nombreux lecteurs et lectrices jusque dans son dernier refuge suisse de l’Île St-Pierre du Lac de Bienne. Son roman épistolaire La Nouvelle Héloïse situé à Clarens près de Montreux a fait découvrir aux vacanciers anglais du 19e siècle les charmes des rives du Lac Léman, diffusion à laquelle a contribué aussi le poème du Pèlerinage de Childe Harold de Lord Byron. Ainsi la région s’est constituée de plus en plus comme lieu recherché par un public huppé, désireux de se détendre dans ce climat quasi-méditerranéen. Si Tchaïkovsky y a trouvé son abri loin du public russe suspicieux, pour Liszt c’est la dernière étape de ses lunes de miel, l’ultime étape aussi dans la vie de Richard Strauss, un séjour prolongé pour le pianiste, compositeur et diplomate polonais Ignace Paderewski et un havre de paix pour la pianiste Clara Haskil. Quant au jeune Sergueï Prokofiev sa venue dans la région lémanique en 1913 n’est qu’une escale au cours de son voyage de la France à St-Pétersbourg, tandis que son compatriote Igor Stravinsky y est revenu à plusieurs reprises pour composer ses premières  œuvres. A noter finalement les compositeurs nés à Genève comme Ernest Bloch ou Frank Martin qui ont rayonné dans le monde.

                                                                      

PLAN

-Le Lac Léman: site de villégiature découvert par les touristes anglais

-Séjours sur les rives lémaniques – de Tchaïkovsky à Clara Haskil

-Compositeurs genevois

 

  carte du Lac Léman

                                                    

Entre Genève et Montreux les sites de la rive lémanique ont vu défiler de nombreux musiciens, de Tchaïkovsky à Stravinsky, soit en transit ou alors pour des séjours prolongés. De la petite ville de CLARENS Rousseau nous a déjà chanté la beauté dans « La Nouvelle Héloïse » et dans ses « Confessions » où il explique le choix de ce lieu : « Il me fallait cependant un lac, et je finis par choisir celui autour duquel mon cœur n’a jamais cessé d’errer. »1 Et l’amant de la belle Juliede s’extasier dans une de ses premières lettres : « On dirait que la terre se pare pour former à ton heureux amant un lit nuptial digne de la beauté qu’il adore. »2 – Suite à la lecture de ce roman épistolaire Lord Byron s’enthousiasme lors de son passage à Clarens, se référant àRousseau : » Clarens ! Doux Clarens, berceau de l’amour profond ! / Ton air est le jeune souffle de la pensée passionnée ; / Tes arbres prennent racine dans l’amour (…) Les rochers permanents racontent ici l’amour, qui cherchait / En eux un refuge contre les chocs mondains… »3.  C’est d’ailleurs grâce à la diffusion de « La Nouvelle Héloïse » que les touristes anglais découvrent la Riviera lémanique.      

Ce « refuge contre les chocs mondains » vaut d’autant plus pour le jeune Tchaïkovsky qui quitte en 1877 la Russie en compagnie de son frère Anatoly pour venir s’installer dans ce lieu idyllique, le lendemain de son mariage de convenance qui devrait camoufler son homosexualité et dont la fuite à l’étranger semble la seule issue. A Clarens il s’emballe en voyant le charme du lieu et le confort de la ‘Pension Richelieu’. Les lettres à Nadeschda von Meck, sa bienfaitrice qui lui finance ce séjour suisse, et à son frère Modest témoignent de son calme retrouvé loin des lorgnettes russes braquées sur sa nature « douteuse » : « Nous avons deux belles chambres, occupons toute la mezzanine. Les fenêtres donnent directement sur le lac (…) Après le déjeuner, les festivités durent jusqu’à 5 et même 6 heures, généralement dans les montagnes quelque part plus haut. »(Ces ‘montagnes’ dont parle aussi Rousseau ne sont en réalité que des élévations collineuses derrière la rive !). Qu’y a-t-il de plus réjouissant que le regard vers St-Gingolph, le village illuminé le matin sur la rive opposée, vers le massif du Mont Blanc enneigé et – à l’ouest – vers les terrasses des vignobles du Lavaux ?

F. Hodler, Paysage du Lac de Genève : vue vers l’est (Le Lavaux, Clarens, Montreux) dom. public

A Clarens Tchaïkovsky se lance dans sa 4e symphonie (le « Destin ») où, après une introduction tonitruante l’Andante évoque le cadre idyllique du lieu présent par les cantilènes du hautbois soutenues délicatement par les pizzicati des cordes. Si le Scherzo rappelle la Balalaïka russe par sa course nerveuse des cordes pincées, l’Allegro final débord de réjouissance en revenant à la chanson russe « Un bouleau s’élevait dans les champs », débouchant finalement sur un galop vertigineux propulsé par les tambours jusqu’à la détonation ultimative. La symphonie lui semble réussie. Il y revient dans une lettre à un ami à propos de l’opéra Onéguine en chantier à Clarens : « J’ai terminé l’instrumentation du premier acte d’Onéguine (…) Il est peu probable que je puisse faire tout l’opéra à temps, d’autant plus que je suis terriblement attiré par la symphonie qui, je pense, est la meilleure que j’aie écrite jusqu’à présent. »5

les quais de Clarens-Montreux – vieille carte postale (dom. public)

Après une incursion en Italie (Rome – Venise – San Remo – Florence) le compositeur revient à Clarens en 1878, célébrant de nouveau le charme du site dans sa lettre à Nadeschda von Meck : «Je ne peux pas imaginer un endroit (en dehors de la Russie) qui aurait la propriété d’apaiser l’âme plus que Clarens. Bien sûr, après la vie trépidante d’une ville comme Florence, un coin suisse tranquille sur les rives d’un lac merveilleux, en vue des montagnes gigantesques recouvertes de neiges éternelles, provoque une ambiance quelque peu mélancolique. »6 Ce 2e séjour est couronné par l’arrivée du jeune virtuose Iosif Kotek, son ancien élève devenu son amoureux.

Tchaïkovsky avec Iosif Kotek en 1877

On se penche sur la « Symphonie espagnole » de Lalo et Tchaïkovsky écrit pour son amant son Concerto pour violon op. 35, une œuvre pénétrée de grandes émotions et dotée de passages extrêmement virtuoses. Très mal accueilli en 1881 à Vienne ce concerto compte aujourd’hui parmi les concertos les plus populaires. – Le départ définitif de Clarens va causer du chagrin au musicien aussi bien qu’à la patronne de l’auberge qui ne veut pas lâcher son hôte…

                                                                          .

[47 ans avant un jeune touche-à-tout de Berlin revient tout seul d’un voyage en Italie. Ayant franchi en 1831 le col du Simplon il descend le cours du Rhône jusqu’à la rive du Lac Léman, décidé d’explorer les régions suisses à pied. Félix Mendelssohn a 22 ans et se souvient de son premier contact avec ce pays lors d’un voyage précédent avec son père. – En partant de VEVEY il s’adresse à ses parents en les invitant à suivre son itinéraire sur une carte suisse : sur la route jusqu’à Clarens, puis la montée vers l’arrière-pays vers l’escalade de la Dent du Jaman avant la redescente direction Châtel St-Denis. – Ce départ de grande randonnée n’annonce rien de bon : Mendelssohn subira pendant 3 semaines les pluies torrentielles d’une année exceptionnelle. Il rejoint ses escales en pays montagneux tout trempe, sans pour autant perdre sa bonne humeur. Le fils de la haute bourgeoisie berlinoise se trouve parfaitement à l’aise dans les auberges modestes et parmi les paysans des Alpes].

                                                                              .

Quant à Franz Liszt la lune de miel avec son amante la Comtesse d’Agoult le conduit en 1835 à travers tout le pays jusqu’à l’escale prolongée à BEX non loin de la rive du Léman. Les amants s’y arrêtent pour se consacrer à la lecture du roman « Oberman » de Sénancour qui a célébré la beauté sauvage de ce site : « Les montagnes sont belles, la vallée est unie ; les rochers touchent la ville et semblent la couvrir ; le sourd roulement du Rhône remplit de mélancolie cette terre comme séparée du globe… » (« Oberman » lettre V).7   Enchanté par la lecture le couple rayonne dans la région, l’escalade des Dents du Midi comprise. La pièce Vallée d’Obermann  du cycle  Années de Pèlerinage I avec sa ligne descendante à la main gauche et son caractère de rêve semble bien inspirée du paysage de Bex :

                                        Début de la  « Vallée d’Obermann »

Nos voyageurs s’embarquent ensuite à Villeneuve dans un steamer direction Genève, en glissant devant la rive riante des vignobles vaudoises entre Vevey et Nyon.

vignobles du Lavaux (© J.Zemp)

Arrivés à GENÈVE Marie accouche d’une fille à qui Franz va dédier le dernier morceau du Pèlerinage I : Les Cloches de Genève, où le pianiste imite délicatement le carillon de la cathédrale St-Pierre. – A l’issue de leurs pérégrinations libres de toute contrainte, la cité de Calvin les confronte à une société aux rigueurs religieuses, et Liszt de parler d’une « Rome protestante » ! Son contact avec le monde intellectuel, ses concerts, son enseignement bénévole et les réceptions plongent le couple dans un nouvel activisme : Marie d’Agoult se lance dans l’écriture tandis que Liszt se préoccupe de la mission de l’artiste, sans parler de ses compositions entre 1935 et 1936. Bien que le train de vie libertin de notre couple ait éveillé la suspicion de la ‘bonne société’, le charme, l’esprit brillant et les soirées du pianiste ne tarderont pas à conquérir le public intellectuel et mélomane. L’appartement de la rue Tabazan devient un salon littéraire fréquenté par la fine fleur de la société genevoise : « Notre porte s’ouvrit à quelques privilégiés. Peu à peu le nombre s’en accrut et bientôt tout un petit cercle se forma, autour de Franz d’abord, puis autour de moi, quand je pus surmonter ma répugnance à me laisser connaître… » note la comtesse dans ses « Mémoires »8. Les promenades sur le Mont Salève au-dessus de la ville leur permet de respirer à l’aise, mais au bout d’une année la vie mondaine (qu’ils avaient fuie à Paris) commence à leur peser, si bien que Franz confesse à son amante : « Quant à moi, je n’y tiens plus. Si nous restons à Genève, mécontent comme je suis, irrité contre moi-même, j’achèverais de perdre la paix et la force dont j’ai besoin pour accomplir la tâche que Dieu m’a confiée (…) Nous quitterons tout cela, sans rien dire à personne, nous partirons. »9  Notre couple quitte Genève en octobre 1836. Le biographe Robert Bory en tire le bilan : « Lorsqu’installés dans la diligence ils virent disparaître les clochers de Saint-Pierre, les amoureux durent avoir l’impression qu’ils tournaient une page ensoleillée de leur existence. Chassés de Paris par le scandale, ils s’étaient réfugiés en Suisse et avaient édifié leur bonheur dans le calme et la retraite. «10  Et quant à Liszt : « Il avait horreur de tout ce qui était bourgeois, et ne pouvait séjourner un certain temps au même endroit sans être bientôt pris d’un intense besoin de changement. Ce ‘grand Bohémien’ était fait pour une vie de bohème. » 11

Les deux vont rejoindre Paris, avant de repartir en Italie l’année suivante pour visiter Florence, Rome, Naples, Venise et le Lac de Côme (voir les Années de Pèlerinage II et III).

La chronique du voyage suisse, nous la devons essentiellement aux Mémoires tome I de Marie d’Agoult et à son roman Nélida publié sous son pseudonyme Daniel Stern.

                                                                           .

Le touriste qui déambule dans les ruelles de la petite ville de MORGES près de Lausanne va tôt ou tard se retrouver sur un circuit balisé en l’honneur d’Audrey Hepburn et d’Ignace Paderewski, les deux personnalités qui ont fait la renommée du quartier de TOLOCHENAZ. De retour d’une tournée épuisante aux Etats-Unis le virtuose Ignace Paderewski est à la recherche d’un lieu de repos. En 1897 on lui offre le somptueux domaine de Riond-Bosson à Tolochenaz en location, une villa de type vénitien entouré d’un parc spacieux.

le domaine de Riond-Bosson à Tolochenaz (©Collcetion du Musée Paderewski, Morges)

Le pianiste achètera ce site mirobolant en 1899 où il se propose de se consacrer à la composition, entouré de ses proches : sa 2e femme Hélène Gorska Baronne de Rosen, son fils frappé de poliomélyte, sa sœur et quelques domestiques. Pendant que la patronne s’active dans les terres en cultivant de la volaille et des arbres fruitiers, voire le vignoble derrière la villa, son mari s’enferme à l’étage, penché sur son opéra Manru en chantier, une de ses nombreuses œuvres inspirées des péripéties de l’histoire polonaise, étant donné que son père s’était fait arrêter, déporté en Sibérie en 1863 par les agents tsaristes lors de l’insurrection contre le régime russe. Manru est tiré d’un roman polonais qui parle du destin tragique d’un amour obstrué entre la brave Ulana et le beau tzigane Manru qu’elle a épousé malgré les invectives de sa mère. Pendant que ce couple marginalisé se terre dans son cagibi hors du village Manru entend l’appel séducteur d’un violon tzigane et, ne pouvant résister, va rejoindre ses frères. Ulana, désespérée et mère d’un bébé, se précipite du haut d’un rocher et Manru mourra par une attaque meurtrière de son rival. – Paderewski réussit à mettre en relief les contrastes entre le petit bonheur de la vie domestique, y compris le chant de la berceuse quand Ulana tient son enfant dans les bras, et la magie de la liberté chantée par les tziganes. D’aucuns ont diagnostiqué dans cette partition des analogies avec les opéras de Wagner, mais l’on y voit tout aussi bien la référence à ‘Carmen’ de Bizet.

Suite à d’autres tournées en Amérique et en Russie de 1901 à 1903 le pianiste revient à Tolochenaz, et Riond-Bosson deviendra un centre international où le gratin du monde diplomatique et artistique se retrouve nombreux autour de la table. La villa héberge une multitude d’objet d’art et plusieurs pianos à queue, et sa baie vitrée offre une vue époustouflante vers le lac et le Massif du Mont Blanc. La résidence de Paderewski se définit dès lors comme lieu conspiratif des Polonais qui résident en Suisse. On vient y débattre d’une Pologne libérée du joug russe, le rêve qui va animer également les prochaines compositions comme La Symphonie en si-mineur op. 24 appelée Polonia, une œuvre qui fait intervenir l’esprit de combat, où s’infiltre aussi un brin de mélancolie, comme dans le 2e mouvement ou la clarinette langoureuse nous entraîne dans les terres lointaines d’une Pologne qui rêve de liberté :

                                             extrait de la partion de « Polonia »

Cette symphonie est le prélude aux activités fiévreuses des Polonais de la diaspora qui créent un ‘comité de secours’ dont le ‘Président-Délégué’ Paderewski est envoyé en Amérique. Après des centaines de discours sur une future Pologne et autant de concerts de bienfaisance notre pianiste-diplomate finit par accéder aux cercles internes du gouvernement américain jusqu’à l’entrevue en 1916 avec le président Wilson qui lui promet son soutien. Après l’armistice de 1918 Paderewski sera nommé premier ministre et chef des affaires étrangères de la Pologne nouvellement constituée. C’est lui qui signera le traité de Versailles au nom de son pays et siégera ensuite à la Société des Nations à Genève.

Paderewski ca. 1916 en Amérique (discours politique – dom. publ.)

Son pays d’adoption vient de combler le musicien de la plus haute distinction, le titre de ‘Bourgeois d’Honneur’ de la ville de Lausanne en 1933, en présence du gouvernement suisse et des notables polonais, un geste dont le lauréat remercie les autorités par un long discours : « …et c’est au nom de cette solidarité que vous, Suisses, vous daignez m’accorder à moi, Polonais, le privilège et le bonheur de pouvoir désormais me considérer comme l’un des vôtres. » 12 Cependant le décès de la baronne Madame Paderewska en début 1934 va ternir le séjour à Riond-Bosson. Avant de quitter définitivement la Suisse Paderewski donne encore une série de concerts, poursuit un projet de film à Londres (Moonlight Sonata) et reprend son engagement pour la Pologne occupée maintenant par l’Allemagne nazie, tout cela à partir de son poste de commandement de Tolochenaz.

Paderewski annonce son départ en 1940 à la radio suisse, avant d’assumer en Amérique la fonction de conseiller national du gouvernement polonais exilé. Après ses derniers concerts pour les victimes polonaises de la guerre actuelle il meurt le 29 juin 1941 à New York.

Dans le Château de Morges la municipalité a installé en 2016 le Musée Paderewski : paderewski-morges.ch

                                                                                           .

Le Lac Léman comme refuge : voilà le cas de Richard Strauss, le grand compositeur allemand aux succès douteux en Allemagne à l’époque nazie, un habitué de la Suisse (cure thermale à Baden, séjours de vacances nombreux à Pontresina ou à Sils-Maria en Engadine). Après la guerre, âgé de 81 ans, il prolonge un dernier séjour de cure en compagnie de son épouse sur les rives du Léman pour y achever une de ses compositions les plus émouvantes, ses Vier letzte Lieder (les quatre derniers lieder), son ‘chant de cygne’ dont les numéros 2 et 4 sont écrits à MONTREUX. Installé à l’hôtel Montreux-Palace jusqu’en mai 1949 il compose en plus son concertino pour clarinette, basson et cordes.                                        Septembre (sur un poème de Hermann Hesse – le poète allemand domicilié au Tessin queStrauss vient de rencontrer) : « Le jardin est en deuil, / La pluie tombe en froides gouttes sur les fleurs. / Approchant de sa fin, / L’été frissonne en silence…. »13 – Les notes de la partition de ce 2e Lied pourraient évoquer un tableau de Pissarro : de par les cellules de doubles-croches et de triolets confiés aux bois : le ruissellement de la pluie fine de septembre par le jeu de la harpe du fond. Le dernier vers du texte parle de l’été qui « ferme lentement ses yeux las. » Strauss esquisse une ligne descendante pour glisser dans un solo du cor au loin, soutenu par des accords tenus et – en écho – les éléments au pianissimo du thème principal.

Crépuscule au-dessus de Montreux (©hikr.org)

Au Crépuscule du Soir (sur en poème de Josef von Eichendorff) : » Dans la peine et la joie / Nous avons marché main dans la main : / De cette errance nous nous reposons / Maintenant                          dans la campagne silencieuse (…) Il va être l’heure de dormir ; / Viens, que nous ne nous égarions pas (…) Comme nous sommes las d’errer ! / Serait-ce déjà la mort ? »14

L’introduction dessine un arc céleste à l’unisson dans les violons et les bois au-dessus des accords tenus dans les graves. A ne pas manquer les timbales amortis à peine audibles : l’annonce de la mort ? Avant de prononcer la parole-clé de la « mort » la voix du soprano s’achemine vers le si-bémol (mineur) pour glisser en pianissimo dans le do-bémol majeur sur un accord plein de douceur. La voix expirée, l’orchestre maintient son pp sur une vingtaine de mesures, quelques trilles de la flûte venues de loin en plus (les alouettes du texte qui s’envolent), pour aboutir à un mi-bémol majeur réconciliant.

Après son retour à Garmisch-Partenkirchen Richard Strauss meurt en septembre 1949 dans son domicile.                                                                                                                                     La ville de Montreux a placé en 2013 un buste de Richard Strauss sur le quai de Vernex..

                                                                       

A deux pas du buste de Strauss on entre dans le « Music & Convention Centre » où se tient chaque année le « Montreux Jazz Festival » et qui héberge l’Auditorium Stravinsky. – Ayant remporté en 1910 son succès parisien avec le ballet L’Oiseau de Feu Igor Stravinsky emmène sa famille en Suisse pour offrir à sa femme tuberculeuse une cure à Leysin, la station à proximité du Lac Léman. Installé lui-même à CLARENS il descend d’abord successivement dans trois hôtels avant d’occuper la maison ‘Pervenche’ qui appartient à Ernest Ansermet. C’est là que se cristallisent peu à peu les structures de ses prochains ballets Pétrouchka et le Sacre du Printemps. Cependant les habitants du quartier ne sont nullement séduits par la présence de ce musicien russe : c’est qu’il traite son piano comme une batterie, les fenêtres ouvertes par-dessus le marché ! L’idée des funambules de Pétrouchka lui vient spontanément au cours de ses promenades sur les quais, tandis que la matière du Sacre l’a hanté depuis longtemps et prend forme en collaboration avec son ami Serge Diaghilev, le directeur des Ballets Russes qui lui rend visite à Clarens. Après le désastre du Sacre avec Nijinskij à Paris en 1913 Stravinsky revient à Clarens où il réussit, grâce à la maîtrise du français et par l’entremise d’Ernest Ansermet (chef de l’orchestre du Kursaal de Montreux), à s’infiltrer dans les cercles intellectuels autour des « Cahiers Vaudois », la revue d’avant-garde de la région lémanique. La maison de Clarens étant devenue trop exiguë Stravinsky s’établit avec la famille à MORGES. Ansermet a l’idée saugrenue de réunir deux hommes de carrures opposées : le musicien cosmopolite aux allures de dandy – et Charles-Ferdinand Ramuz, le poète penché sur ses romans de paysannerie. Cette rencontre de 1915 dans les vignobles du Lavaux conduira à une étroite collaboration pendant les années de guerre : Renard – une scène bouffonne avec acrobates et danseurs sera créé en 1922 à Paris. De ses voyages en Ukraine (Oustiloug) Stravinsky rapporte des matériaux de la culture rurale du pays de ses antécédents du côté maternel. Pour la musique percutante des 4 pianos dans Noces Ramuz traduit les paroles russes en un français proche du code des paysans vaudois.

Stravinsky et Ramuz en 1918 (©Fondation Théodore Stravinsky, Genève)

Mais le fruit de leur collaboration culmine dans la fameuse Histoire du Soldat, ce conte sur la désertion d’un soldat de l’armée tsariste, une histoire adaptée par Ramuz à un contexte romand. Vu qu’en 1914 les musiciens sont convoqués pour l’armée il faut se rabattre sur un petit ensemble de 7 instruments et 4 personnages. Le plot : un pari entre le soldat et le diable qui lui offre le paradis contre le violon que le soldat emporte dans son sac à dos – la magie de la musique contre l’accumulation des richesses. La joute entre le soldat et le diable finit par le triomphe du Malin sur le soldat qui voyait son bonheur à portée de main. Le succès de cette pièce ne connaît pas de limites. Traduit dans toutes les langues elle est jouée dans les petits théâtres et en milieu scolaire dans le monde entier.

A la même époque son compatriote Sergueï Prokofiev surgit à Genève en 1913, à l’âge de 22 ans.  Après ses premiers succès en Russie il quitte St-Péterbourg en direction de la France, en compagnie de sa mère : Paris, puis Royal au Massif central. La station de cure thermale est peuplée de personnes âgées entre 50 et 70 ans, comme il note avec méprisu dans son journal. Pour ne pas mourir d’ennui il se procure un piano à Clermont-Ferrand, travaillant comme un forcené des heures d’affilée son 2e concerto pour piano qu’il devra présenter bientôt en Russie. Craignant que son fils aille se crever au piano maman lui conseille d’aller se dégourdir les jambes en Suisse. Ravi de la proposition Sergueï se procure l’horaire des trains et le ‘Guide Suisse’ d’Adolphe Joanne. Méticuleux – comme au piano – il se met à planifier en détail son voyage. On fait ses adieux, maman retournant à Berlin via Paris, son fils en route vers Genève avec un minimum de bagages. Conformément aux conseils de son guide il s’installe du bon côté du wagon pour ne pas manquer les beautés du paysage fluvial du Rhône. Arrivé à Genève il doit se résigner à partager sa chambre de l’Hôtel International avec un Américain qui lui dit lors de leur promenade du soir qu’il continuera demain sur Lucerne, vu que Genève est pleine de ‘cocottes’ et qu’il ne fréquente pas souvent les femmes. Le lendemain Prokofiev monte dans un train pour Chamonix. S’étant procuré l’équipement alpin sur place il entame la montée à pied vers Montenvers à 1913 m. d’où son regard embrasse la « ravissante vallée de Chamonix »15. L’aventure sur le glacier après une nuit hivernale s’avère hasardeuse – et son guide abandonne le client à mi-chemin, si bien que le jeune homme a toutes les peines de retrouver les sentiers du retour. Grelottant et déçu par le temps maussade il descend en train vers la vallée du Rhône en Valais, un parcours dont il admire les crevasses, les tunnels hélicoïdaux et le tracé le long des pentes, tout en louant le génie des ingénieurs suisses. Arrivé au Lac Léman il retient le « charmant lac qui a pu préserver son aspect naturel, ses rives ornées d’une végétation luxuriante et dotée d’hôtels de charme. »16A Montreux il fait un rapide tour en ville, le guide en poche, avant de longer la côte jusqu’à Clarens où il visite le cimetière avec ses nombreuses tombes russes, ce qui semble confirmer la présence des Russes en ce temps-là dans la région lémanique. Descendu du bateau à vapeur à Ouchy il monte en téléphérique au centre-ville de Lausanne, s’installe à l’hôtel et se met à visiter méthodiquement la cité, se plastronnant comme touriste parfaitement organisé qui se moque des Anglais qui, eux, se distinguent par leurs maladresses. Lausanne ne semble pas l’intéresser outre mesure, n’étaient pas les jeunes filles russes rencontrées à tout bout de champ. – Le lendemain matin (12 juillet) Prokofiev rejoint la plate-forme qui offre une vue splendide sur le lac et la ville en-dessous, avant de poursuivre son itinéraire suisse en direction du Lac de Neuchâtel, d’où il continuera sur Berne et l’Oberland bernois à Interlaken, les Lacs de Thoune et de Brienz, la Suisse centrale autour du Lac des Quatre Cantons avec Lucerne, puis le Lac de Zurich avant son voyage vers l’Allemagne. Dans son journal il procède à un ranking sur les lacs suisses : ‘Genève’ le plus gentil, ‘Neuchâtel’ le plus rude, ‘Thoune’ le plus poétique, les ‘Quatre Cantons’ le plus intéressant par sa topographie.

                                                                         .

Les jeunes participants au « Concours Clara Haskil » à Vevey, pour aller se détendre un peu entre deux épreuves, vont emprunter la Rue Clara Haskil avant d’arriver au port de plaisance. La pianiste roumaine et icône mozartienne surgit une première fois sur les rives du Léman après ses premiers succès comme enfant prodige en Suisse. Le pianiste Schelling de Genève la présente à Paderewski et le mécène G. Schirmer lui propose une tournée en Amérique. Une méchante malformation de sa colonne vertébrale contraint la jeune fille de se soumettre à un traitement douloureux en France, et après la 1ère guerre mondiale elle reprend les concertos de Mozart à Paris avant de commencer une cure de rétablissement à Amden au-dessus du Walensee en Suisse centrale. Puis ce sont des concerts à Lausanne et à Genève solennellement annoncés dans la presse et fortement applaudis, si bien qu’Ernest Ansermet l’engage comme soliste du concerto de Schumann. A Vevey elle trouve de plus un supporter dévoué, le directeur de Nestlé Emile Rossier (son fils Michel sera plus tard un des amis les plus fidèles de la vieille Haskil). Ces années 1920 lui occasionnent aussi le contact avec Pablo Casals, avec qui elle donnera en duo de nombreux concerts. Lors de son passage à Paris au début de la 2e guerre elle est prise de court lors de l’invasion des Allemands en 1940. En tant que juive elle va se réfugier à Marseille, en compagnie des musiciens de l’Orchestre National dont fait partie sa sœur violoniste. Echappée de justesse à l’occupation de la zone sud elle décroche un visa pour la Suisse, et le dernier train de Marseille à Genève avant l’arrivée de la Gestapo la ramène à Vevey. Démunie de tout, ses bien étant restés à Paris, elle se fait soutenir par ses amis du lieu et tâche de travailler sa technique sur un piano du magasin de musique à Vevey. Comme tous les réfugiés de guerre elle n’est pas autorisée à poursuivre des activités professionnelles. On lui organise un récital privé dans un château de la région où viennent l’écouter Hugues Cuénod, Igor Markevitch et Nikita Magaloff, tous les trois domiciliés sur les rives du Léman. L’enthousiasme est unanime et Pierre Colombo l’engage en 1944 pour le double concerto de Mozart avec Magaloff qui avouera d’avoir littéralement ‘découvert’ ce concerto grâce au jeu sublime de sa partenaire. Les deux vont dès lors jouer d’autres œuvres pour deux pianos, même la sonate avec percussion de Béla Bartók !

Les années de l’après-guerre lui offrent de nouveaux contacts : à part le revoir émouvant avec son compatriote Dinu Lipatti de Genève qu’elle avait déjà rencontré autrefois à Paris, la Haskil pointe ses antennes vers Zurich et Lucerne, les centres musicaux de la Suisse allemande, où elle joue les concertos de Schumann et de Chopin. Ses succès lui permettent un confort modeste à Vevey : un petit appartement et son premier piano à queue. De plus elle invite sa sœur Jeanne – échappée de justesse aux rafles à Marseille et de retour à Bucarest – de venir la rejoindre à Vevey où les deux sœurs se calfeutrent dans une sorte de cocon familial. D’autre part sa carrière prend un nouvel essor. Les stars de la baguette courtisent la faible petite silhouette qui se lance dans un parcours de concerts ou d’enregistrements époustouflant. Parmi les chefs d’orchestre qui la sollicitent (Scherchen, Klemperer, Keilberth, Karajan…) c’est avec Ferenc Fricsay (également domicilié en Suisse) qu’elle entretient un rapport de profonde amitié. Son attachement à Casals la conduit à Zermatt (cours de maîtrise du violoncelliste) et à Prades (festival Casals) où – parmi les vedettes réunis autour du maître elle fait la connaissance d’Arthur Grumiaux qui deviendra son partenaire le plus important (les enregistrements des sonates de Mozart et de Beethoven sont légende !). Entre les tournées en Europe et en Amérique elle revient volontiers se ressourcer à Vevey où elle retrouve ses amis du lieu, comme p.ex. Charlie Chaplin. Comme habituée de son Manoir de Ban au-dessus de Vevey elle y trouve les meilleurs moments de relaxe. La vieille Haskil – d’habitude plutôt sombre, angoissée et souffrant d’un trac terrible avant chaque concert – se réjouit de rigoler avec le génie de l’humour qui admire d’ailleurs tellement ses interprétations de Mozart qu’il lui offre un Steinway pour ses visites dans la villa. Son mot sur ses trois génies Einstein, Churchill et Haskil a fait le tour du monde !

   

                         Chez Chaplin en 1956 (©Roy Export Compagny Ltd.)

En 1958 elle est frappée d’une sérieuse pneumonie à Paris. Michel Rossier court la rejoindre et les médecins réussissent à la remettre sur pied. Le 25 mai elle est ramenée en Suisse dans la voiture de Chaplin, en vue du double concerto de Mozart à jouer avec Géza Anda à Lucerne sous la baguette de Joseph Keilberth. – Un prochain récital le 7 septembre 1960 avec Grumieux en Belgique n’aura pas lieu : Clara Haskil fait une chute mortelle sur les escaliers de la gare de Bruxelles – le monde de la musique est sous le choc.

En 1963 Michel Rossier et les amis de la pianiste fonde le ‘Concours Clara Haskil’ qui se tient tous les deux ans à Vevey, un concours exigeant qui ne prime pas la virtuosité, mais la profondeur de l’interprétation qui a fait l’excellence de la pianiste. Son premier lauréat : Christoph Eschenbach en 1964.

                                                                             

Pour compléter la liste des compositeurs de passage dans la région du Léman il y a lieu de mentionner le cas de deux compositeurs suisses venus d’autres horizons :    

Paul Juon, le post-romantique né en 1872 à Moscou d’un père suisse (des Grisons) et d’une mère russe fait sa carrière de professeur de composition en Russie, à Baku et à Berlin où il reste jusqu’aux années 1930, mais avec la montée du nazisme il prend son congé pour venir se retirer à VEVEY, le lieu d’origine de sa 2e femme. Sa Symphonie rhapsodique op. 95, cette œuvre monumentale composée ici remporte un grand succès lors des « Reichsmusik-Tage » en mai 1938 à Düsseldorf. Ces dernières années en Suisse sont pourtant lourdes à porter : pendant la guerre ses deux fils se retrouvent face à face sur le front : Ralf comme officier de la Wehrmacht, et Rémi, naturalisé en France, dans les troupes françaises. Paul Juon meurt en août 1940 à Vevey.

La Bibliothèque Cantonale et Universitaire (BCU) de Lausanne héberge le ‘Fonds Paul Juon’ (numérisé).

Joseph Lauber, né à Lucerne en 1864 et formé à Zurich, Munich et Paris, s’installe en 1901 à GENÈVE pour y enseigner la composition pendant 50 ans. Lauber passe pour ‘l’inventeur de la symphonie helvétique’ : c’est qu’à côté de ses engagements à Genève il réussit à s’échapper pour passer des jours de randonnée depuis son chalet dans les montagnes vaudoises où il compose, la partition épinglée sur une table de camping, ses symphonies ‘ alpines ‘ aux allures souvent dramatiques – une musique grandiose, parfois ampoulée, bien avant la Symphonie des Alpes de R. Strauss !                       

                                                                         .

 GENÈVE est le lieu d’origine de nombreux compositeurs parmi lesquels on retient volontiers les deux grands noms d’Ernest Bloch et de Frank Martin.

Né en 1880 à Genève le petit juif Ernest Bloch se fait tabasser comme ‘sale juif’ dans la cour scolaire. Sa revanche : la maîtrise du violon, un moyen de se faire respecter. Fasciné par le jeu d’Eugène Ysaÿe en tournée à Genève le jeune violoniste de 19 ans va le rejoindre à Bruxelles pour y suivre son enseignement. Désireux d’élargir sa formation de musicien Bloch se confie aux maîtres de la composition à Francfort, Munich et Paris où son ami Edmond Fleg lui transmet le virus de la matière juive. De retour à Genève il se lance dans la composition à thématique hébraïque : les Psaumes 114 et 22, Trois Poèmes Juifs, ‘Schélomo’ – Rhapsodie hébraïque de 1916. – Les années aux Etats-Unis depuis 1917 lui rapportent la citoyenneté américaine en 1924. Il se lie d’amitié avec la famille Menuhin et ses œuvres restent fidèles au message juif. Pour mettre en chantier son grand projet du Service Sacré (Avodath Hakodesh), un oratorio pour le culte du sabbath dans la synagogue, Bloch revient en Suisse en 1930, se retirant au Tessin puis dans les Alpes savoyardes pour parfaire son œuvre – quelques années de solitude en compagnie de sa famille, mais loin des agissements du monde. Son départ en Amérique face à la montée du nazisme sera définitif où il s’éteint en 1959, ayant laissé de nombreuses œuvres, et après ses années d’enseignement aux universités de Californie.

Frank Martin, le compositeur genevois à la dimension spirituelle est né en 1890 dans une famille dont les antécédents avaient fui Montélimar lors des persécutons huguenotes du 18e siècle pour venir se réfugier dans la cité de Calvin. En 1900 le petit Frank va connaître les psaumes luthériens et la musique sacrée de J.S. Bach dont la Passion selon St-Mathieu estle plus grand bouleversement de ses années d’enfance. Les salles de Genève offrent toujours les œuvres de la musique classique allemande, si bien que les premières compositions du jeune Martin naviguent dans le sillage du post-romantisme allemand, accompagné par son maître Joseph Lauber, le directeur de l’Opéra de Genève et professeur au conservatoire et dont il dit qu’il lui doit l’essentiel de sa technique de composition. Ayant étudié d’abord les maths et la physique à l’université de Genève Martin va compléter ses connaissances en matière de composition à Zurich, Rome et Paris, De retour en 1926 il se consacre à la musique du 18e siècle, s’engage dans l’Institut Dalcroze, se lie d’amitié avec Ernest Ansermet et se produit comme pianiste et claveciniste. Marié en 1940 à la Néerlandaise Maria Boeke il quitte Genève en 1946 pour son nouveau domicile d’Amsterdam, puis de Naarden, où il meurt en 1974. Son œuvre aux multiples facettes (musique de chambre, concertos et œuvres orchestrales) a trouvé son point fort dans la musique vocale, avant tout dans les oratorios basés sur des sources littéraires (Le Vin herbé) ou religieuses (Golgotha, Le Mystère de la Nativité, Requiem). – Frank Martin est inhumé au Cimetière des Rois à Genève.

                                                                         

NOTES

1 Jean-Jacques Rousseau, Confessions, livre IX  (édition critique par Raymond Trousson), Paris, éd. Champion 2010, p. 571   

2 id., Julie ou la Nouvelle Héloïse (édition critique par René Pomeau), Paris, éd. Classiques Garnier  2012, p. 92

3 Extrait du Pèlerinage de Childe Harold de Lord Byron, cité dans Henry Wadsworth Longfellow, Poèmes de lieux, une anthologie en 31 volumes, vol. 16, Canto iii, strophe 99, Boston, éd. James R. Osgood & Co. 1876-79 (édition originale)

4. Tchaikovsky Research, Letters, in : Archives du Musée Tchaïkovsky à Klin (lettres classées par années), lettre du 29. Oct. 1877

5 ibid., lettre du 1er oct.1877

6 ibid., lettre du 26 févr. 1878

7 Etienne Pivert de Senancour, Oberman, Lettre V (1804), Paris, éd. Flammarion 2003, p. 176

8 Comtesse d’Agoult, Mémoires 1833-1854, Paris, éd. Calmann-Lévy 1927, p. 65-66

9 ibid., p. 68-69

10 Robert Bory, Une Retraite romantique en Suisse. Liszt et la comtesse d’Agoult, Lausanne, éd. SPES 1930, p. 81-82

11 ibid., p. 82  

12 Henrik Opienski, I.J. Paderewski, esquisse de sa vie et de son œuvre, Lausanne, éd. SPES 1948, p. 119

13 Gil Pressnitzer, « Les quatre derniers Lieder », Esprits Nomades (revue numérique), sans date,            © 2001/2024

14 ibid.

15 Sergey Prokofiev, Diaries 1907-1914 (trad. Anglaise par Anthony Philips), Ithaca N.Y., Cornell University Press 2006, p. 450

16 ibid., p. 453

                                                                                  

 

Laisser un commentaire